Ma liberté prend fin dès l’instant où celle d’autrui débute.
Jolie vestige que cette maxime, droite et vertueuse, ancrée dans cette nation, sentence de notre tradition démocratique mais parfaite pour parfaire ordre et harmonie. Elle serait sujette à débat, des heures et des jours, des vies entières. Mais en l’occurrence, elle n’a jamais été le fruit d’une quelconque discussion. Et pourtant, un problème se pose à nous et qui ne semble point agiter les foules et les passions.
Avant l’exposé de ce problème, nous tenons à signaler que l’article qui suit se voit traité de manière objective afin de respecter les opinions légitimes de chacun mais aussi afin d’exposer, d’explorer, les faits en un ensemble concordant.
Cet automne, les banlieues se sont soulevées. Utiliser le terme « banlieue », comme corrélatif à cette insurrection, serait insulter les individus qui y vivent. En vérité, ce soulèvement fut le fruit de quelques casseurs regroupés, déchaînant au nom des populations des cités, leur haine et leur mal-être en des actions préjudiciables. Il est vrai que la situation des banlieues se rapprocherait de ghettos par la précarité, la souffrance et par l’indifférence qui en émane. Mais les populations qui y résident ne furent pas celles qui bivouaquèrent dans la rue pour « casser du poulet ». Or, les médias généralisèrent ce tire croisé, et firent des banlieues, en une généralité acquise à l’opinion publique, une poudrière, un antre, dans laquelle Spartacus et les esclaves, allaient se soulever pour frapper la miche au gros bourgeois. Ce qui devait renforcer et durcir le discours du Front National et du Mouvement Pour la France. Mais cette situation ne devait être qu’une symbiose entre frustration et discrimation, mais non celle d’un antagonisme entre populations immigrées et « français de souche » comme nous pûmes l’entendre 1. Mais interprété, malheureusement, par le pouvoir en place et par l’opposition, ce soulèvement reflétait la précarité des jeunes au sein de la société, notamment vis à vis de l’emploi, l’impossibilité pour les jeunes de trouver place dans cette société élitiste et pourtant aguicheuse. Cet amalgame devait conduire l’État à prendre des mesures rédhibitoires.
L’automne passa, l’hiver débuta, sans que, comme le soulignèrent les journaux d’opposition, il n’y eut de véritables solutions à la « révolte jeune », terme employé afin d’éviter l’amalgame entre casseurs et banlieues, mais généralisant le comportement d’une minorité à l’ensemble des jeunes en France. A juste titre, l’opinion politique éloigna l’image des casseurs de celles des banlieues, mais délaissa aussi son action politique pour ces mêmes banlieues, et décida d’oeuvrer pour la jeunesse. Vint alors le temps du CNE et du CPE. Nous ne nous exprimerons pas sur le contenu de ces deux réformes mais sur le rejet de ces dernières par la jeunesse.
Depuis quelques semaines déjà, l’UNEF 2, syndicat majoritaire des étudiants, eut l’initiative de sensibiliser les jeunes afin de combattre cette « provocation de la jeunesse ». Mais dans un pays où l’individualisme est de mise pour se fondre dans la vague, l’indifférence fut de mise du point de vue des dirigeants. Il y eut bien quelques jeunes qui se réunirent au débat, mais la majorité ne s’en soucia guère. Alors, durcissant la mobilisation, les divers syndicats proclamèrent l’état de grève. Partout en France, la lutte s’organisa, les facs fermèrent. Et Tolbiac ??
Voilà l’objet de notre attention, Tolbiac.
Depuis le jeudi 23 février 2006, le centre Pierre Mendès-France (PARIS 13ème) est fermé par la volonté d’une minorité (environ 2OO personnes) face au reste de l’effectif (12.OOO étudiants). Et ceci dure depuis une semaine. Les 21 étages sont fermés au public, le centre à été saccagé par des « éléments folkloriques » souhaitant reproduire mai 68, les cours n’ont plus lieu, et tout cela semble voué à se perpétuer. Dans ces conditions, comment doit-on considérer ses deux positions que prennent ces étudiants :
« Le combat contre le CPE est légitime, mais ces étudiants, ces provocateurs, prennent en otage une majorité qui souhaite reprendre les cours, simplement par goût de la contestation. Cette décision d’occuper les locaux est en tout point illégitime, illégale et fortement orientée par des partis politiques qui ne souhaitent pas se mouiller dans cette lutte. Lors de la réforme LMD en 2004, il y eut une A.G (assemblée générale) qui décida la reprise des cours. Une ½ heure plus tard, après le départ de tous les étudiants, une nouvelle A.G eut lieue. Elle décida de la reprise de la grève. Ce mouvement n’est en rien démocratique. Elle atrophie la voix des 12.OOO étudiants qui ne souhaitent pas cette interruption».
Des étudiantes de Tolbiac Paris 1 (13ème) en AES.
« C’est pour nous la seule façon de se faire entendre. Ce mouvement est violent, illégal, illégitime, antidémocratique, et nous l’assumons. Si le CPE passe, nous serons là pour le combattre, qu’importe le temps qu’il nous faudra. Si des étudiants se plaignent, dîtes leur que comme eux, nous sommes aussi victimes de cette grève. »
Charles, étudiant en 1ère année d’histoire à Tolbiac Paris 1 (13ème), étudiant indépendant occupant les locaux.
Dans ces conditions, comment expliquer tous les abus, auxquels nous avons pu assister. Dans la nuit du jeudi 23 février au vendredi 24 février 2006, les locaux du centre Pierre Mendès-France ont été détériorés par les étudiants ayant occupé ces derniers. Les installations de sécurité ont été détruites et les portes fermées pour éviter des émeutes. L’assemblée générale de ce même vendredi fut l’exemple complet de l’irrespect de ces étudiants quant au lieu mais aussi de l’illégitimité de la situation. Dans l’amphithéâtre où elle se déroulait, 6OO personnes assemblées, fumant à tout va des substances illicites et s’enivrant, votant d’une seule voix et à tout va. L’assemblée de ce lundi fut encore plus choquante. Plus de 1.OOO personnes, regroupés tel un troupeau, fumant, chahutant, braillant, insultant et sans en avoir l’air, devenant « fascistes ». N’a-t-on jamais vu une jeune polonaise, tentant en vain de calmer les esprits, se faire traiter de « pute » et être conseillée, par ces jeunes gens, de « retourner au pays ».
Certes, le mouvement est légitime contre la précarité de la vie estudiantine mais celle qui touchera ces jeunes fraîchement moulus à la sortie de leurs études. Mais cette précarité doit-elle commencer maintenant avec l’arrêt des cours, un arrêt qui pourrait se prolonger, repoussant ainsi les cours à Juin et les partiels à juillet. Ce qui provoquerait des effets assez néfastes pour les étudiants étrangers, pour les étudiants qui souhaitent financer leurs études par un emploi d’été, ou encore le rallongement de la location d’un appartement pour tout étudiant louant un logement à ses frais.
Tout ce remue-ménage ne doit-il pas se faire pour des étudiants et avec des étudiants ? Cette question, personne ne se l’ait posé, face aux conflits d’intérêts qui jouent dans cette grève. À en voir la tribune, la représentativité n’est pas de mise : seule un étudiant indépendant face aux autres syndicats. Alors face à la violence des gestes, des mots, des idées, quelle place doit tenir la liberté face à la légitimité d’un combat mais non celle d’une mobilisation? Qui sont les coupables de tels abus ? Les étudiants qui se mobilisent ? Les étudiants qui ne peuvent avoir cours ? Le gouvernement ? Les « casseurs » pour qui le gouvernement et l’opposition ont essayé d’oeuvrer ? Ou encore la société?
Le plus étrange est d’entendre ces mêmes étudiants, assemblés en AG, appeler à l’acquittement des jeunes « casseurs » de novembre alors qu’ils sont les responsables indirects du CPE, initiative décidée seulement au mois de janvier, et non depuis longtemps, comme se plaisent à dire certains.
1 : Cf. Le site Internet de Philippe de Villiers et le scandaleux « si tu n’es pas ... »


