TRUMAN CAPOTE
Nouvelles - Romans
Impressions de voyage
Portraits - Propos
Gallimard, collection BIBLOS, 1990, 1360 pages, 30€
L'enfant
Truman Capote, s’est d’abord l’enfant aux yeux blonds, aux cheveux bleus, auteur du best-seller De sang-froid qui bouleversa l’Amérique au temps des peines insouciantes. Roman vérité qui lui valut de rencontrer la gloire, le succès et la fortune, qui lui fit atteindre une apogée stylistique mais qui contribua à le pousser sur les pentes évasives des paradis artificiels.
Truman Persons, américain de souche, voit le jour en 1924. Rencontrant précocement la solitude et l’angoisse, il se réfugie dans l’imaginaire de l’esprit pour substituer à l’horreur d’une jeunesse contrefaite, les joies d’un monde imagé mais désiré. Délaissé par une mère trop souvent absente et par un père enfuit sur les chemins de la fortune, il est trompé, troqué et confié à ses deux tantes dans le sud du pays. Il découvre alors les douceurs suaves des anciennes régions esclavagistes, les inhalantes affections de la Nouvelle-Orléans et l’agréable poussière rouge des plaines de Mobile, pondérées sous le soleil Noir d’Alabama. Époque bénite pour le jeune garçon qui trouve à cette époque les sujets qui argumenteront plus tard son oeuvre, sujets récurrents dans son travail, perceptibles tant par la rigueur dont il agrémente ses écrits, que par la joie qu’il octroie à ses doutes afin de ne conserver de ses souvenirs que les heures heureuses d‘une jeunesse troublée. Dès l’âge de huit ans, il rencontre l’Écriture pour s’échapper spirituellement du pensionnat au sein duquel il est placé dès le retour de sa mère, remariée avec Joe Capote, dont il conservera le nom pour se forger une identité.
Petit et blond, l’enfant déjà efféminé se fait maître de l’écriture sensitive, jouant des sentiments, des afflictions et des sensations qu’il offre à ses personnages. En 1948, avec Les Domaines hantés, il publie son premier roman à l’âge de 24 ans, roman chaleureusement accueillit par la critique d’une Amérique d’avant-guerre, en proie à la stérilité littéraire. Y mêlant souvenirs de jeunesse et perceptions infantiles, il inaugure l’imaginaire originel qui bercera son écriture.
À cette Amérique philistine (rétrograde et d'esprit étroit), il offre son travail mais aussi son personnage, celui d’un enfant, enferré dans un coeur d’homme nouvellement adulte, celui d’un inverti déclaré et assumé qui lui vaut, passant outre la critique puritaine, de diffuser son aisance à l’écriture sociale et personnelle.
Devenant l’égérie des magazines élitistes, il développe ses écrits et son style pour en faire d’esthétiques nouvelles, fruit de son imagination débordante et de sa capacité à analyser les faits, les souvenirs ou les confidences.
Profitant de son succès, il décide de partir, de voyager, pour découvrir l’inconnu, découvrir ce qui se cache par delà les murs de son esprit. Il rencontre alors d’anonymes autochtones des contrées traversées, expérience qui marquera les prémices du roman documentaire dont il se fait fort d’en jeter les bases grâce aux différents reportages qu’il réalise.
La harpe d’herbe (1951) lui sert de gamme pour accomplir l’un de ses rêves, concéder son écrit à l’art cinématographique. Pour débuter, il suit les tribulations d’un choeur musicale, fréquentation dont il tire Les muses parlent (1956), éloge flatteur du milieu artistique, de son inspiration, analysant l'esprit de ces âmes créatives.
Cette destinée qui le rapproche des années phares du cinéma américain lui fait composer les portraits de certaines célébrités d’Hollywood : Brando, Bogaert, Monroe. En côtoyant ces monstres, en intégrant le milieu artistique, il devient le confident de ces dames, confidences retranscrites dans Petit déjeuner chez Tiffany (1958).
Mais désolé du monde dans lequel il pénètre, il revient à son projet originel, le roman document, qu’il concrétise avec De sang-froid (1965) qui sera la clé de voûte de son parcours littéraire. Il y glisse le travail d’un journaliste, le sien, passionné par les personnages d’un fait-divers qu’il met en scène dans cette fiction, travail dont lui seul détient l’apanage. Lors de cette expérience, il rencontrera ses doubles qu’il tentera d’aider, d’écouter et de comprendre pour se comprendre et s’expliquer lui-même. En observant les méfaits de l‘humanité, il se verra lui-même mourir à travers les yeux des accusés de l’affaire, ces accusés reconnus coupables et condamnés à la peine capitale. De ce voyage, il ne s’en remettra jamais.
Meurtri par l’expérience, il se fait alors le bourreau de la société à laquelle il inflige tous les sévices de l’écriture, châtiment qu’il accorde pour tenter de purifier sa propre image. L’alcool et les drogues auront raison de lui mais jamais de son écriture, celle d’un condamné, errant à la recherche de son salut.
Ses écrits de 1975/76 lui font mettre un terme aux relations qu’il entretient avec ses amis et sa famille, écrits secs et subversifs, succès littéraires mais échec personnel qui le feront sombrer coups après coups. Et le jeune enfant qui se montre aux yeux de tous, qui apparaît dans tous les médias, raréfie son travail, trompe le monde festif d’un New York décadent dont il désirait se séparer, mais ne réussit pas à se tromper lui même.
À la veille de son 60ème anniversaire, l’enfant qu’il fut est retrouvé, gisant, agonisant, blessé au coeur par les coups d’une société qui le porta mais qui le détruisit, qui lui servit d’arme pour étouffer ce qu’il n’avait jamais cessé d’être : le reflet poétique, fable d’un monde, à la sensibilité candide et secrète. Un enfant.
Ce recueil réunit tous ses écrits, autobiographie d’une vie passée à écrire.
Bibliographie
- De sang-froid
- Cercueils sur mesure
- La harpe d'herbes
- Les domaines hantés
- Un été indien
- Petit déjeuner chez Tiffany
- Les muses parlent
- Musique pour caméléons
- Portraits et impressions de voyage
- Entretiens
- Les chiens aboient
- Prières exaucées
- L'invité d'un jour
De Sang-froid de Truman Capote
Truman Capote (le film)